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Chapiteau historié roman représentant Jonas et le poisson, probablement abbaye de Sainte-Enimie (Lozère)

Art & Antiquités (100 ans et plus)
Paris (75017)

35 000 €

Chapiteau historié roman représentant Jonas et le grand poisson, vers 1160-1180
Provenant probablement de l’ancienne abbaye de Sainte-Enimie (Lozère)

Sans astragale ni tailloir, ce chapiteau présente quatre faces dont trois sont figurées. La face non sculptée était certainement opposée à un mur.

La scène représentée est celle de la mésaventure de Jonas, qui fût envoyé en mission par l’Eternel dans la cité de Ninive (Jonas 1​:​1​-4​:​11). La fuite de Jonas en bateau vers la cité de Tarsis entraîna la colère divine et ainsi "Jéhovah lança un grand vent sur la mer et il y eut une tempête si violente que le bateau était sur le point de faire naufrage". Jeté à la mer par les marins à sa propre demande afin de sauver le navire, Jonas fût avalé par un "grand poisson", qui le conserva dans son ventre pendant trois jours, constituant ainsi une préfigure de la Passion du Christ. Enfin rejeté sur la grève à la demande de l’Eternel après ses supplications, Jonas se mit en route pour Ninive où il accomplira enfin la mission qui lui était confiée.

Si l’atmosphère fantastique de ce chapiteau historié reste très romane, la figuration attentive de l’anatomie, ainsi les muscles des jambes et les côtes du torse, est à inscrire dans la seconde moitié du XIIe siècle, alors que s’annonce la sculpture dite gothique. On peut la rapprocher ainsi des fresques de Saint-Savin-sur-Gartempe, de la fin de l’époque romane, ainsi que du corps musculeux de Jonas représenté le retable de Verdun de 1181.

Notre chapiteau présente la même iconographie que le célèbre chapiteau de Jonas et le Poisson de Mozac. Sur la première face, Jonas est jeté par dessus bord et avalé par le poisson. Sur la deuxième, Jonas est rejeté sur le rivage, à l’issue des trois jours. Enfin, sur la dernière face, Jonas parvient aux murailles de Ninive pour accomplir la mission de l’Eternel. Cependant le chapiteau de Mozac ne montre pas la même fluidité narrative, puisque la narration n’est pas continue comme sur notre chapiteau où Jonas n’est représenté qu’un seule fois, en longueur sur les deux premières faces et le coin de la dernière. Cette séparation du corps en deux constituerait selon la chercheuse Anne-Sophie Traineau-Durozoy une illustration de la conversion intérieure de Jonas et donc de chacun de nous, qui ressort de l’épreuve comme un homme neuf. En revanche la plus petite taille de notre chapiteau a contraint le sculpteur à limiter son récit en excluant les marins.

Le talent de l’ymagier se manifeste dans l’utilisation de motifs décoratifs qui structurent l’espace du chapiteau et rendent compréhensible le récit. Il faut imaginer ce chapiteau peint, renforcant plus encore ces effets. Ainsi sur la première face, le corps dont l’anatomie est soulignée surmonte la nef représentée par de longs rubans et comme enveloppée par le corps du poisson, recouvert d’annelures, au dessus d’une représentation de flots agités. Ces flots en forme de c deviennent les écailles du serpent sur la deuxième face, occupée principalement par la tête du poisson monstrueux, soudain munis de pattes griffues, d’oreilles et d’une crinière de lion. Enfin sur la dernière face la tête de Jonas émergeant du poisson se retrouve devant Ninive, symbolisée par des remparts, deux tours crénelées, un galerie d’arcades au dessus de la porte dont un battant est ouvert et ses charnières reconnaissables. On notera que cette représentation de Ninive est semblable à celle de l’enluminure de l’Hortus Deliciarum (aujourd’hui perdu) du Mont Saint-Odile. Cette figuration de Jonas sortant de la tête du poisson devant Ninive - impossible géographiquement - serait apparue selon Anne-Sophie Traineau-Durozoy dans les Bibles enluminées parisiennes à la fin du XIIe siècle.

La représentation monstrueuse du poisson est intéressante d’un point de vue iconographique, puisque le "grand poisson" (piscis grandis dans la Vulgate de Saint-Jérôme) apparaît le plus souvent sous la forme d’un poisson simplement démesuré, parfois muni de dents, dans les enluminures, les sculptures, les vitraux comme l’orfèvrerie. Seule une partie des figurations de l’épisode de Jonas présentent un poisson monstrueux, sont souvent inspirées de représentations paléochrétiennes nées des Bestiaires antiques, où celui-ci est non seulement marin et terrestre mais parfois aérien avec la présence d’ailes. Notre monstre, doté sur la deuxième face du chapiteau de poils et de pattes griffues, appartient à cette catégorie mixte mêlant la terre et la mer, qui illustre la dualité dont était friande la période médiévale et représente finalement la mort, les enfers, lien facile avec la Résurrection du Christ. L’insistance sur le caractère monstrueux et donc mortel est présent également pour montrer le miracle que constitue la survie de Jonas à cette épreuve, miracle obtenu par les prières du héros et sa repentance. Iconographiquement, on le voit sur notre chapiteau à la disparition des dents entre la première et la seconde face. Condamné à être déchiqueté à son entrée dans le ventre de la bête, Jonas en sort miraculeusement indemne. Il y a un même un changement de nature complet du poisson sur les deux faces : le poisson muni de dents de la première face devient sur la seconde un monstre principalement terrestre se contentant de rejeter gentiment Jonas sur la grève. C’est une particularité iconographique rarissime.

Ce chapiteau est à rapprocher du chapiteau de Samson et le lion du Louvre présumé provenir de l’ancienne abbaye de Sainte-Enimie en Lozère (RF2952). La tête du lion comme ses pattes montrent de nombreuses similitudes avec celles de notre monstre, ainsi que la tête de Samson, en particulier la coiffure.

Probablement de l’ancienne abbaye de Sainte-Enimie (Lozère)

Calcaire marmoréen légèrement doré.
Quelques manques. Quelques traces de polychromie.

Hauteur : 27 cm - largeur et profondeur : 28 cm
Poids : 26,5 Kg

Bibliographie : Anne-Sophie Traineau-Durozoy. Jonas et le poisson. Les Cahiers de Saint-Michel de Cuxa, Abbaye de Saint-Michel de Cuxa, 2017, 48, pp.115-127.
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Annonce publiée 07/07/2022

Antiquité, Décoration & Ameublement

PRO GDC

Pierre-Frédéric B.

(0 avis)
12/08/2022
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