Vous devez sans cesse vous reconnecter ?

Les cookies sont bloqués par votre appareil, votre navigateur ou par une extension, ce qui empêche Gens de Confiance de retenir votre session.

Sur votre iPhone ou iPad, touchez Réglages > Safari > Bloquer les cookies, et choisissez « Autoriser » ou « Oui pour les sites visités »

Cf si besoin le site suivant : http://www.accepterlescookies.com

1 / 2
Annonce exclusive Gens de Confiance

Le Pianiste du Lutetia Anecdotes et rencontres (livre édité à compte d’auteur)

Livres, Films & Disques
Noisy-le-Roi (78590)

15 €

Lorsqu’en 1991 je suis devenu le Pianiste du Lutetia, j’étais loin d’imaginer quel tournant prenait ma carrière. Quel plaisir de me retrouver chaque soir durant 24 ans dans un endroit où flottent en permanence l’élégance, la discrétion, la fantaisie, un passé chargé d’histoire, de joies mais aussi de drames.
Plus une évolution musicale qui n’a cessé de croître
Bien sûr, j’ai croisé le temps d’un verre ou d’une chanson ces gens des arts et des lettres, de la politique mais surtout du show biz tels que Depardieu, Deneuve, Georges Benson, Edouard Baer, Virginie Effira, Sempé, Lavilliers et tant d’autres. Si on a parlé, échangé devant un verre ou chanté autour du piano, j’ai aussi croisé des inconnus qui m’ont entraîné, m’ont fait rêver et m’ont fait découvrir d’autres lieux le temps d’une soirée privée. Des anecdotes avec tous ces gens célèbres ou pas, ma boîte à souvenirs en est pleine
Et aussi les soirées Jazz avec ses musiciens et ses chanteuses aux personnalités si différentes et parfois si difficiles à gérer.
Et sans oublier les barmen qui sont pour beaucoup dans l’âme du bar du Lutetia et dont certains ont été des complices facétieux avec lesquels se sont forgées des amitiés solides.
Une carrière autour du piano du Lutetia où se croisent les peoples et les clients ordinaires. Mais dès qu’un contact est établi, plus personne n’est ordinaire.

Voici deux anecdotes qui vous donneront un petit aperçu

CATHERINE DENEUVE
La première célébrité que je croise est Catherine Deneuve. Pendant des années, elle va venir boire son chocolat. Lorsque je prends mon service à 19h, elle est déjà là et une demi-heure ou trois quart d’heure après, elle se lève, traverse le salon pour aller au bar et régler ses consommations. À chaque fois, elle passe à cinquante centimètres de moi. Je la suis des yeux mais pas une seule fois son regard se portera sur moi. Je ne peux même pas parler de froideur. Elle ne me voit pas, je n’existe pas, à se demander si elle m’a entendu. Cette indifférence ne me dérange ni ne me gêne. Je trouve juste cela un peu étonnant, c’est tout. En revanche, elle est fort aimable avec Gilles et il lui arrive même de plaisanter avec elle.
Pourtant une dizaine d’années plus tard, un di-manche soir, je reviens de Deauville par l’autoroute A13. Une centaine de kilomètres avant Paris, je dois m’arrêter prendre de l’essence. Plus on approche de la capitale et plus la circula-tion du dimanche soir est dense. Il en est de même pour les stations-service. Lorsque mon plein est fait je me dirige vers la boutique où se trouve la caisse. Là, une file d’au moins quinze ou vingt personnes qui attendent pour payer. Je prends donc la queue et… Oh surprise, qui vois-je à côté de moi ? Catherine Deneuve. Enfin, je crois. Nous sommes à touche-touche et je n’arrête pas de me demander si c’est elle ou pas. Je regarde ses mains qui tiennent sa carte bleue, ses bijoux, son visage. C’est vrai que depuis le début des années 90, elle n’est plus aussi rayonnante que le souvenir que l’on en a. Elle s’est un peu épaissie du corps et du visage. D’ailleurs Gilles me disait un jour :
— Au lieu de mettre de la sucrette dans son chocolat, elle ferait mieux d’arrêter le chocolat !
Mais pour l’instant, je suis juste à côté et je suis à peu près certain que c’est elle. Alors faut que j’ose. Faut que je lui dise un truc… Je sais pas quoi mais faut que je lui parle. Ça fait cinq mi-nutes au moins qu’on avance à pas de fourmi et bientôt on va arriver et nos routes vont se séparer à tout jamais !!! Alors tant pis, je risque tout et je me lance :
— Ah ! Là là… Ça vaut pas le service du Lutetia.
Elle sursaute, puis se tourne vers moi et là… Son visage s’éclaircit et elle me gratifie de son plus beau sourire (enfin je ne sais pas si c’est le plus beau, c’est le premier que je vois).
— Oh mon Dieu, quelle surprise !
Je n’ose pas répliquer « appelez-moi simplement Daniel ! »
En revanche je ne peux m’empêcher de faire une allusion que seuls ceux qui ont vu cette célèbre comédie musicale où elle tient le premier rôle peuvent comprendre :
— Et oui, on se retrouve dans une station-service, comme à la fin des « parapluies de Cher-bourg »
Son regard amusé m’indique qu’elle semble apprécier cette allusion qui la rajeunit de près de quarante ans puis c’est à son tour de passer à la caisse. Je me dis que peut-être elle va demander au préposé d’ajouter ma facture sur sa note. Après tout elle ne m’a jamais laissé un pourboire, ça se-rait une bonne occasion de se racheter. Je pense que j’avais dû fumer un bon pétard pour me taper un tel délire. Mais au fond de moi, ça me fait bien marrer. Comme elle quitte la caisse avant moi elle me dit au revoir. Je lui souhaite un bon retour et nous nous disons à bientôt.
Eh bien cette rencontre a eu du bon car à partir de ce jour-là, à chaque fois qu’elle est venue au Lutetia, j’ai eu droit à un petit mot gentil, un sou-rire et tout le kit complet de la cliente aimable

*
* *

RETOUR DES CAMPS

Comme je l’ai dit plus haut, en 1945 l’hôtel Lu-tetia a accueilli les déportés de retour des camps de concentration qui venaient d’être libérés. Un soir, au moment de prendre mon service à 19h, un client âgé d’une soixantaine d’années m’aborde poliment :
— Pardon Monsieur, puis-je vous demander un morceau ? Me dit-il avant même que je commence à jouer.
— Oui bien sûr, qu’est-ce qui vous ferait plaisir ?
— Une valse de Chopin.
— Aïe aïe aïe… Je crains que ce ne soit pas pos-sible.
— Ah ? Mais pourquoi ?
— Parce que je ne joue pas de classique.
— Mais vous ne pourriez pas faire une excep-tion ?
— Ça serait avec plaisir mais je n’en connais pas.
— Oh quel dommage. Je vais vous dire pour-quoi je vous demande ça. En 1945, mes parents ont été libérés des camps de concentration et ont été conduits au Lutetia. Ils ne se connaissaient pas. Celui qui allait devenir mon père s’est installé au piano puis il s’est mis à jouer. Celle qui allait de-venir ma mère s’est assise non loin de lui et l’a écouté. Il a joué pendant une bonne partie de la nuit, surtout du Chopin. Elle l’a écouté religieu-sement. C’est ainsi qu’ils ont fait connaissance. Mon père est mort il y a quelques années et, main-tenant, l’heure est venue pour ma mère d’aller le rejoindre. Elle est hospitalisée et n’en a plus que pour quelques jours, voire pour quelques heures. Voilà pourquoi, j’aurais aimé lui faire entendre au téléphone une valse de Chopin en direct du Lu-tetia.
Dire combien cette histoire m’émeut est en des-sous de la vérité. Je la trouve tellement belle que je me sens obligé d’y participer.
— Écoutez, je veux bien faire un effort mais j’ai un peu honte. Je ne connais qu’une seule valse de Chopin et j’ai arrêté de la jouer par respect pour Chopin et pour le public.
En effet, n’étant pas un pianiste classique, mon interprétation, qui ressemblait davantage à une exécution, faisait grincer des dents les mélomanes.
— Oh ce n’est pas grave, s’il vous plaît jouez-la quand même, ça lui ferait tellement plaisir
— Pff, je veux bien vous faire plaisir mais en plus c’est pas vraiment le morceau idéal, car elle s’appelle La valse de l’adieu !
— C’est parfait, c’est très bien. S’il vous plaît allez-y… Attendez une seconde, je l’appelle.
Pendant qu’il compose le numéro de sa mère, je m’assieds devant le clavier, m’assouplis les doigts et je ne peux retenir un bon mot, pas forcément très fin, que je marmonne entre mes dents.
— Bon, vous l’aurez voulu, mais j’espère que ça va pas l’achever !
Je pense qu’il n’a pas entendu mais franchement je ne pouvais pas m’en empêcher. En tout cas, il n’en a rien montré. Il a mis son téléphone au-dessus du piano et m’a fait signe de jouer. J’ai fait ce que j’ai pu, c’est à dire pas terrible, mais il était très content. Il m’a remercié chaleureusement, puis il a sorti son portefeuille et en a extrait un billet qu’il m’a tendu. J’ai stoppé net son geste en lui expliquant que j’avais été très honoré d’avoir pu jouer un rôle, si minime fut-il, dans cette his-toire tellement émouvante.
Quelques semaines plus tard, 19h, j’arrive au boulot. Une jeune fille, vêtue un peu baba cool, les mains et les doigts recouverts aux trois quarts par les manches de son pull, est assise à la table la plus proche du piano et avant même que je m’assieds elle me demande :
— Pourriez-vous me jouer une valse de Chopin ?
— Non je suis désolé mais je ne joue pas de classique.
— Oh, s’il vous plaît, c’est tellement important pour moi. Ma grand-mère est…
— Ah oui ! C’est votre père que j’ai vu l’autre jour ?
— Oui c’est ça.
— Je suppose que votre grand-mère est…
— Oui elle est partie juste après que mon père soit venu ici.
Cette fois ci, je m’abstiens de tout commentaire déplacé style «ah ça, je l’avais pourtant bien pré-venu» et j’y vais de ma Valse de l’adieu. Je me dis que le pauvre Chopin doit se retourner dans sa tombe mais comme c’est la deuxième fois que je massacre sa valse, ça va le remettre à l’endroit !
Pendant toute la durée du morceau, la jeune fille sanglote dans son mouchoir et, dès le dernier accord plaqué, elle se lève et part sans un mot et sans se retourner. Je le regarde s’éloigner jusqu’à ce qu’elle ait quitté mon champ visuel. Je dois avouer que cette jeune fille m’a tellement fait par-tager sa tristesse qu’il m’a fallu faire un gros ef-fort pour que, à mon tour, je ne la communique pas à toute la salle.

Annonce publiée  22/07/2025

Fiche Contact

15 parrains
11/09/2026